Ecorchée, abimée, parfois piétinée, déformée volontairement, oubliée, stylisée, entortillée, approximée...
Je ne reproche rien à l'argot qui l'enrichit, ainsi qu'aux divers anglicismes, rien au langage sms qui réduit ma facture téléphonique, ni aux fautes d'orthographes du plus jeune auteur et à la grammaire tangeante de celui qui a appris ainsi à parler. J'en veux à ceux qui m'accuse de snobisme ou de prétention à cause d'un vocabulaire sûr et varié. J'en veux aux nombreux professeurs de français qui ne savent plus parler la langue qu'ils enseignent, et à ceux qui affadissent la lecture, à celui qui demande qu'on apprécie ses écrits sans âme et à la syntaxe bancale qu'il n'a pas pris la peine de relire. J'en veux à tellement de monde, ou à personne. Après tout, à qui la faute si j'aime le français? La mienne, un peu ma mère, mes instituteurs quelques enseignants du secondaire c'est vrai.
César Chesneau disait que 'S'il y avait des synonymes parfaits, il y aurait deux langues dans une même langue.', combien il avait raison. Moduler, nuancer, c'est un enchantement de savoir avec précision la signification de notre vocabulaire, ses sens et contre-sens, une force de les entremêler selon notre goût, un don qui nous permet de nous exprimer sans barrières, de choisir d'influencer, suggérer, insinuer, avoir la possibilité de se faire comprendre, de partager, de penser, de débattre, de se vider, ou choisir de se taire, économiser quelque chose d'aussi précieux que les mots que l'ont pourraient rendre banals et inutiles par un usage prolixe.
COMPRENDRE v. tr. (se conjugue comme Apprendre). XIIe siècle. Emprunté du latin populaire comprendere, altération du latin classique comprehendere, « saisir ensemble », d'où « saisir par l'intelligence, embrasser par la pensée ».
I. Embrasser, contenir. 1. Contenir en soi ; être constitué, composé de divers éléments. L'Europe comprend de nombreux États. Cette famille de plantes comprend un grand nombre de genres. Cet appartement comprend trois pièces. Une équipe de football comprend onze joueurs. Son étude comprend quatre parties principales. 2. Inclure, faire entrer dans un ensemble. Il a compris dans cette quittance tout ce qui lui était dû. Cela fait mille francs tout compris, main-d'½uvre comprise, service compris. On n'a pas compris, dans le recensement, un certain nombre d'étrangers. 3. Au participe passé. Situé entre deux éléments. Les régions comprises entre la Seine et la Loire. Angle compris entre les segments de droite AB et AC. Loc. Y compris, non compris. Ces locutions sont invariables quand elles précèdent le nom auquel elles se rapportent ; elles s'accordent avec ce nom quand elles le suivent. Un voyage de plusieurs mois, non compris les semaines de préparation. Telle est la liste de ses biens, rentes y comprises, la maison où il loge non comprise. Loc. inv. Jusques et y compris, marque un renchérissement par rapport à Y compris. Étudier toutes les ½uvres d'un auteur, jusques et y compris ses écrits de jeunesse.
II. Fig. Saisir par l'esprit des rapports entre des faits, des idées, des sentiments. 1. Saisir par l'intelligence ou l'intuition. Comprendre un raisonnement. Chercher à comprendre les lois de la nature. Ce théorème n'a pas été compris. Cela est difficile à comprendre. Comment comprenez-vous cette théorie ? Tout ce que j'ai pu comprendre, c'est qu'il viendra. C'est ainsi que je comprends la vie, le bonheur, c'est la conception que j'en ai. Comprendre une ½uvre, en saisir pleinement le dessein, le sens, la portée. Absolt. Il comprend d'instinct. Il est lent à comprendre. Je vois qu'il n'a pas compris. J'ai compris ! et, ellipt. et fam., Compris ! Expr. Comprendre de travers. N'y comprendre goutte. Comprenne qui pourra ! la situation est confuse, l'affaire obscure. 2. Être en mesure de donner aux mots le sens qui convient. Voilà comment je comprends cette phrase. Comprenez-vous l'anglais ? Il comprend cette langue sans être capable de la parler. Il n'en comprend pas un mot. 3. Se rendre compte, prendre conscience de quelque chose. Comprendre l'importance d'un enjeu. Comprenez-vous ce qu'il faut d'habileté pour réussir dans une telle entreprise ? J'ai compris que je m'étais trompé. Ils lui firent comprendre que son heure viendrait. Il comprendra pourquoi, comment il a échoué. Il sut comprendre quel était son devoir. Fam. Absolt. Il a fini par comprendre, la réalité s'est imposée à lui, il l'accepte. 4. Pénétrer dans la pensée d'autrui et découvrir le motif de ses actes, la raison d'être de ses attitudes. Je vous ai compris. C'est un homme difficile à comprendre. Je comprends ce qu'il a voulu faire. Nul ne comprend quelles étaient ses intentions. Je comprends qu'il soit mortifié et décontenancé. On comprendra qu'il n'ait pu supporter une telle situation. 5. Admettre, juger avec indulgence. Comprendre les faiblesses de la nature humaine. C'est un homme qui comprend les choses. Il comprend la plaisanterie, il ne s'en offusque pas. 6. Entrer par sympathie, intuition ou expérience, dans les manières de penser et d'agir de quelqu'un. Bien qu'ils soient très différents, ces deux amis se comprennent à merveille. Si seulement vous pouviez me comprendre ! Il n'a pas été compris de ses contemporains.
ENTENDRE v. intr., tr. et pron. (se conjugue comme Attendre). XIe siècle. Du bas latin intendere, « étendre, tendre (quelque chose) vers » et, au figuré, « tendre, diriger son regard, son esprit, vers », puis, en latin chrétien, « faire attention à, écouter, entendre, comprendre ».
I. V. intr. suivi de la préposition à. Très vieilli. 1. Tendre l'oreille, prêter attention. Seulement dans l'expression Ne pas savoir auquel, à qui, à quoi entendre, ne pas savoir à qui ou à quoi il importe de prêter attention. Pressé de toutes parts, il ne savait à qui entendre. 2. Par ext. Consentir, acquiescer. Il ne veut entendre à aucun arrangement.
II. V. tr. 1. Percevoir par l'ouïe. Entendre une voix, un bruit. Il parlait si bas qu'on l'entendait à peine. Nous les entendions rire. J'ai entendu faire votre éloge. Il n'entend pas qu'il chante faux. Entendez-vous comme il crie ? Au milieu du bruit, il ne parvenait pas à faire entendre sa voix, à se faire entendre. Je les ai entendus dire qu'ils partaient demain. Absolt. Il entend mal d'une oreille. J'entends parfaitement. Loc. Faire entendre, émettre. Il fit entendre un toussotement qui en disait long. Un sifflement aigu se fit entendre. Un murmure de protestation se fit entendre. Entendre dire, apprendre par la rumeur publique. J'ai entendu dire que c'est un beau pays. Entendre parler, avoir connaissance par ouï-dire. Avez-vous entendu parler de son dernier livre ? Ne pas vouloir entendre parler d'une chose, la rejeter sans même l'examiner. Il ne veut pas entendre parler de régime alimentaire. Expr. À qui veut l'entendre, à tout le monde. Il raconte ses aventures à qui veut l'entendre. Je l'ai entendu de mes oreilles, de mes propres oreilles, j'ai personnellement entendu quelqu'un le dire. Fam. Ce qu'il faut entendre ! Ce qu'il ne faut pas entendre ! Mieux vaut entendre cela que d'être sourd ! ce qui vient d'être dit est tellement déraisonnable qu'on ne saurait y attacher d'importance. Fig. Il n'entend pas de cette oreille-là (vieilli), il refuse la proposition qui lui est faite. Il ne l'entend pas de cette oreille, il n'est pas d'accord. Prov. Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son, voir Cloche. Il n'est pire sourd qui ne veut entendre, ou que celui qui ne veut pas entendre, se dit en parlant d'une personne qui feint de ne pas entendre ou de ne pas comprendre ce qu'on lui dit. 2. Prêter une oreille attentive à. Ce soir nous irons entendre un opéra. Un public enthousiaste est venu entendre ce chanteur. Spécialt. Entendre la messe (vieilli), y assister. Entendre une personne en confession. DROIT. Entendre les avocats des deux parties. Entendre des témoins. La cause, l'affaire est entendue, les débats sont clos. Par ext. Prêter une oreille bienveillante à ; accueillir favorablement. Je doute qu'il soit prêt à vous entendre. Veuillez entendre mes raisons. Sa demande a été entendue. Expr. À l'entendre, si on l'en croit. À les entendre, ils ne sont pas coupables. Entendre raison, acquiescer à ce qui est raisonnable. On n'a jamais pu lui faire entendre raison. N'entendre ni rime ni raison, refuser par entêtement de se rendre aux propositions les plus raisonnables. Ne rien vouloir entendre, s'obstiner dans son idée. Le ciel vous entende ! puissiez-vous être exaucé ! 3. Saisir par l'intelligence, comprendre. Ce texte est difficile à entendre. Je ne suis pas parvenu à lui faire entendre qu'on n'avait eu aucune intention de l'offenser. Spécialt. Dans un dialogue. Entendez-moi, entendez-moi bien ! comprenez-moi bien. J'entends bien, je vous l'accorde, je vous le concède, assurément. Il ne l'entend pas ainsi, il n'envisage pas la question de cette manière. Par ext. Avoir la connaissance et la pratique d'une langue, d'un métier, etc. Il entend parfaitement l'italien. Il entend bien son métier. Il n'entend rien aux affaires. Loc. Donner à entendre, laisser entendre, faire entendre, insinuer, faire supposer. On lui donna à entendre qu'il ferait bien de se retirer. Il m'avait laissé entendre que vous refusiez tout accommodement. Il veut vous faire entendre qu'il n'y a plus rien à espérer. Expr. Entendre, bien entendre la plaisanterie, ne pas s'offenser de ce qui est dit en plaisantant. Il n'entend pas plaisanterie, raillerie là-dessus (vieilli), il n'admet pas que l'on plaisante sur ce point. 4. Comprendre d'une manière particulière ; attribuer un sens particulier à. On n'entend plus ce mot comme on l'entendait autrefois. Il entend le travail comme une pénible nécessité. Qu'entendez-vous par là ? que voulez-vous dire ? Par loi morale, il entend la loi que chacun porte en soi. Expr. Entendre finesse (litt.), entendre malice à un propos, lui attribuer un sens caché malicieux. Je ne sais pas quelle finesse vous entendez à cela. Il entend finesse à tout ce qu'on dit. Il a dit cela sans y entendre malice, sans mauvaise intention. 5. Avoir l'intention, la volonté de. Faites comme vous l'entendez. Chacun fait comme il l'entend. Par ext. Exiger. J'entends que vous restiez avec moi. J'entends être obéi. Il n'entend pas se laisser faire.
III. V. pron. 1. Être perçu par l'ouïe. La sirène de ce bateau s'entend de loin. 2. Percevoir sa propre voix ou la voix d'une autre personne. On ne s'entend plus dans ce vacarme. Ils avaient beau crier, ils ne parvenaient pas à s'entendre. 3. Être saisi par l'intelligence. Seulement dans les locutions suivantes : Cela s'entend aisément, cela s'entend de reste, cela s'entend, il s'entend ou, ellipt., s'entend, cela va de soi. L'homme est libre, jusqu'à un certain point s'entend. 4. Être compris d'une manière particulière. Cette phrase peut s'entendre de diverses façons. Nos prix s'entendent hors taxes. 5. Se comprendre soi-même. Je m'entends, je sais bien ce que je veux dire. Il ne s'entend pas lui-même. Se comprendre l'un l'autre. Entendons-nous bien, je ne vous demande qu'un petit effort. Ils s'entendent à demi-mot, ils se comprennent sans avoir besoin de longues explications. Il faudrait s'entendre ! s'assurer qu'il n'y a ni équivoque ni malentendu. 6. Se mettre d'accord, être d'intelligence avec quelqu'un. J'ai besoin de m'entendre avec vous là-dessus. Entendons-nous et nous réussirons. S'entendre avec l'ennemi. Ils s'entendirent pour le sauver, pour le perdre. 7. Sympathiser, vivre en bonne intelligence. Il est d'un commerce agréable et je m'entends bien avec lui. Ils ne s'entendent guère. Expr. fam. S'entendre comme larrons en foire, être liés d'une amitié complice. S'entendre comme chien et chat, très mal. 8. Être habile à faire une chose. Il s'entend à faire valoir ses terres. Il s'entend parfaitement à mener une intrigue. Bien s'y connaître dans un domaine. Il s'entend, s'y entend en musique, en peinture.
ÉCOUTER v. tr. et pron. IXe siècle. Du bas latin ascultare, issu du latin classique auscultare, « écouter avec attention, obéir ».
I. V. tr. 1. Prêter l'oreille pour entendre. Écouter une conférence, un concert. Parlez, je vous écoute. Parlons bas, on nous écoute. Expr. Allô ! J'écoute ! mots employés au téléphone pour signaler à son correspondant qu'on est prêt à l'entendre. Écouter de toutes ses oreilles, écouter avec une attention très soutenue, être tout oreilles, tout ouïe. N'écouter que d'une oreille, ne prêter qu'une faible attention à ce qui est dit. Écouter aux portes, appliquer son oreille contre une porte pour surprendre une conversation et, fig., être d'une curiosité indiscrète, épier autrui. Écoute, écoutez, à l'impératif, avec valeur d'interjection, pour appeler quelqu'un ou éveiller son attention. Écoutez, j'ai quelque chose à vous dire. Écoute-moi bien, voici ce que tu vas faire. 2. Prêter une oreille attentive et plutôt favorable. Écouter la défense, les justifications de quelqu'un. On les renvoya sans les écouter, sans vouloir entendre leurs raisons. Absolt. Je suis venu ici pour écouter, pour me former une opinion. 3. Donner son consentement, son adhésion à ce qu'une personne demande, propose. Écouter la prière d'un malheureux, les demandes, les v½ux d'un solliciteur, les satisfaire. Mes propositions ont été écoutées, on les a prises en considération. Écouter les conseils d'un ami, décider de les suivre. N'écouter que soi-même, n'obéir qu'à ses impulsions, sans tenir compte de l'avis d'autrui. N'écouter que son courage, n'écouter que sa passion, sa colère, sa générosité, s'abandonner à ces sentiments. Fig. Écouter la voix de la raison, la voix de la sagesse, la voix de la nature. Spécialt. Cet enfant n'écoute pas ses parents, il ne leur obéit pas. Absolt. Il n'écoute pas.
II. V. pron. 1. S'exprimer avec affection, en se complaisant à son propre discours. Ce pédant s'écoute, il prend plaisir à s'entendre parler. 2. Céder à une impulsion ou à un ressentiment. Si je m'écoutais, je vous mettrais dehors. 3. S'inquiéter outre mesure de sa propre santé. Elle a tendance à s'écouter. Ce malade s'écoute, s'écoute trop.

